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Campagne du Pacifique

 

GUERRE DU PACIFIQUE

De Pearl Harbor à Hiroshima : quatre années de combats dans le ciel du plus vaste des champs de bataille

Le 7 décembre 1941, en attaquant la flotte américaine à Pearl Harbor, le Japon plongeait les États-Unis dans la guerre et donnait au conflit une extension véritablement mondiale, d'autant que l'attaque n'était que le prélude à la conquête des possessions britanniques et néerlandaises du Sud-Est asiatique, conquête visant à les englober dans une « sphère de coprospérité » dominée par Tokyo.

un hydravion d'observation Vought OS2N-1 « Kingfisher » embarqué à bord du croiseur Pennsylvania dirige le tir de l'artillerie américaine contre une base japonaise à Peleliv en septembre 1944

Les ambitions japonaises

Ce plan ne constituait, en réalité, qu'un nouveau chapitre d'une ambitieuse politique de domination amorcée dix ans plus tôt. En 1931, l'armée japonaise du Kouang-tong s'était emparée de la Mandchourie, agissant en totale indépendance à l'égard du gouvernement de Tokyo. A partir de 1937, le Japon s'était lancé dans une guerre non déclarée contre la Chine, qui aboutit à la conquête des provinces du Nord et de toute la façade maritime, sans entraîner cependant la chute du régime nationaliste de Chang Kaï-chek.

Au cours de ces opérations, le Japon avait pu roder son instrument militaire, acquérir une réelle maîtrise en matière d'opérations amphibies et d'emploi des porte-avions et perfectionner son potentiel aérien. En effet, si l'aviation nationaliste s'était trouvée constamment surclassée, les Japonais s'étaient heurtés en Chine aux fameux « Tigres volants » de l'Américain Claire Chennault et avaient tiré de précieux enseignements de ces rencontres. C'est ainsi qu'en août 1937 les « Tigres volants » avaient réussi à abattre onze des douze avions d'une formation qui avait décollé du porte-avions Kaga.

Ces revers avaient amené le commandement nippon à remplacer ses vieux biplans par des Mitsubishi A5M4, qui allaient figurer parmi les premiers chasseurs embarqués. Ces appareils se révélèrent nettement supérieurs aux chasseurs Polikarpov 1-16 de construction soviétique utilisés par les Chinois. Trois ans plus tard enfin, les Japonais allaient mettre en service les Mitsubishi A6M, beaucoup mieux connus sous le nom de « Zero », qui, jusqu'en 1943, allaient donner aux pilotes nippons un avantage marqué sur tous leurs adversaires.

vue des installations portuaires après le passage des bombardiers en piqué nippons

Quoi qu'il en soit, lorsqu'il élargit le conflit, en décembre 1941, le Japon comptait mener une guerre limitée et relativement courte. Elle visait à conquérir tout le Sud-Est asiatique et à établir dans le Pacifique central un périmètre défensif en vue de contenir la contre-offensive américaine et d'amener les États-Unis à signer, par lassitude, une paix de compromis.

C'est grâce à la qualité de ses forces armées, dans le domaine aérien en particulier, que le Japon comptait réaliser ce plan. Dans la phase initiale du conflit, il allait aligner 1 250 appareils modernes de première ligne contre 1 100 avions alliés généralement périmés. Une partie notable de l'aviation nippone devait être mise en oeuvre à partir de porte-avions, et, sur ce point, la supériorité de la marine impériale était nette.

Indépendamment de onze cuirassés, de trente-trois croiseurs et de cent dix destroyers, elle disposait de onze porteavions, auxquels les Alliés ne pouvaient opposer, compte tenu des forces engagées sur les autres théâtres d'opérations, que dix cuirassés, trente-quatre croiseurs, quatre-vingt-dix destroyers et quatre porteavions, tous américains.

De fait, le réarmement américain avait été tardif (il ne prit son essor qu'à partir de 1939-1940 et dans les derniers mois de 1941), et les États-Unis n'avaient pu que renforcer, très insuffisamment, les avant-postes de Wake et de Midway, tout en transférant le gros de la flotte du Pacifique, basée sur la côte ouest, à Pearl Harbor, dans les îles Hawaii, avec les porte-avions Enterprise, Lexington et Saratoga.

les cuirassés West Virginia et Tennessee, dont les superstructures brûlent encore, s'enfoncent petit à petit dans les flots. il s'agissait en fait de bâtiments lents, périmés, tout à fait inadaptés aux opérations telles qu'elles devaient se dérouler dans le Pacifique

Pearl Harbor

Le plan japonais prévoyait, dès le départ, de lancer une attaque surprise contre cette flotte, de manière à acquérir la maîtrise de la mer et à exécuter les opérations prévues en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique central. Aussi, pendant que se déroulaient les ultimes négociations entre Washington et Tokyo, une puissante escadre, sous les ordres du vice-amiral Nagumo, se dirigeait, dans le plus grand silence radio, sur Hawaii par la route peu fréquentée du Pacifique Nord.

Indépendamment de deux cuirassés, de deux croiseurs, de seize destroyers et de bâtiments logistiques, elle comprenait les porte-avions Akagi, Kaga, Hiryu, Soryu, Shokaku et Zuikaku, dont les flottilles avaient été renforcées par des appareils prélevés sur les porte-avions légers Zuiho et Taiyo.

L'amiral Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée, avait donné à Nagumo l'ordre de renoncer à sa mission si son escadre était découverte à trop grande distance de l'objectif ou si les négociations avec les Américains prenaient une tournure favorable. Aucune de ces conditions n'ayant été réalisée, Nagumo put déclencher son attaque le dimanche 7 décembre à l'aube.

A 6 heures, le capitaine de vaisseau Fuchida, qui avait acquis une solide expérience en Chine et qui appartenait à l'état-major de Yamamoto, prenait la tête d'une première vague de 183 appareils, composée de chasseurs, d'avions torpilleurs et de bombardiers en piqué.

Pour les Américains, la surprise fut totale. Pearl Harbor paraissait trop loin du Japon; les eaux de la rade, peu profondes, ne semblaient pas se prêter à des attaques à la torpille, et, selon les services de renseignements, le gros de la flotte japonaise se trouvait en Asie du Sud-Est.

C'est pratiquement sans rencontrer d'opposition que les bombardiers Aichi D3A1 « Val » et Nakajima B5N2 « Kate » purent se déchaîner sur les huit cuirassés de la flotte amarrés par couples et sur les avions rangés sur les terrains en formations serrées par crainte des sabotages.

Quand la seconde vague se retira vers 9 h 45, les dégâts étaient considérables : deux cuirassés coulés, trois échoués, trois autres sérieusement endommagés, 188 avions détruits. Par bonheur pour les Américains, les Japonais, dont les pertes n'avaient pas dépassé vingtneuf appareils, avaient négligé d'attaquer les principales installations de la base et les dépôts de carburant. Surtout, ils n'avaient pu détruire les trois porte-avions affectés à la flotte du Pacifique et absents de Pearl Harbor, le 7 décembre, pour des raisons diverses.

Après cet éclatant succès, les Japonais frappèrent sur d'autres points du Pacifique central, bombardant Midway, s'emparant de Guam, mais essuyant cependant un échec cuisant à Wake, dont la maigre garnison, qui ne disposait pourtant que d'une batterie côtière et d'une poignée de Grumman « Wildcat », repoussa un assaut nippon, coulant deux destroyers et endommageant plusieurs bâtiments. Seize jours plus tard, les Japonais revenaient en force avec l'appui de deux porteavions et réussissaient enfin à s'emparer de l'île.

Le 7 décembre 1941 au matin, la guerre du Pacifique commençait à Pearl Harbor. Alors qu'ils pensaient détruire les unités les plus modernes de la flotte américaine, les Japonais n'y trouvèrent que les plus anciens bâtiments de l'US Navy.

Aux Philippines, compte tenu de la ligne de changement de date, c'est seulement le lundi 8 décembre que le général MacArthur, commandant en chef des forces terrestres, fut informé de l'attaque de Pearl Harbor. L'état-major craignant de voir les Japonais débarquer dans l'archipel, des Curtiss P-40E « Warhawk » du Pursuit Squadron 3 reçurent l'ordre de décoller.

Quelques heures plus tard, des Boeing B-17 « Flying Fortress » prenaient l'air à leur tour, pour éviter d'être détruits au sol. Ils furent chargés d'effectuer une mission de reconnaissance au nord de l'île de Luçon, puis de revenir sur le terrain de Clark Field pour se préparer à une attaque contre les bases nippones de Formose. De retour sur la base, les grands bombardiers furent surpris au sol par une vague d'appareils japonais, et, en dépit des efforts de la chasse, la plupart d'entre eux furent détruits.

Cinq B-17 seulement échappèrent à l'anéantissement et purent lancer une attaque contre une formation navale japonaise appartenant à la flotte de débarquement. Un des appareils, piloté par le Captain Colin Kelly, réussit à placer une bombe sur un bâtiment nippon. Mais, lors du vol de retour à Clark Field, il fut pris à partie par deux chasseurs et s'écrasa au sol.

Quatre mois après Pearl Harbor, les Américains répondent au défi japonais. Le 18 avril 1942, le Colonel Doolittle décolle du porte-avion Hornet à la tête d'une formation de seize B-25 Mitchell pour aller bombarder Tokyo, Yokohama, Nagoya, Kobe et Osaka. Cette action symbolique était destinée avant tout à remonter le moral de la population américaine

La fin du « Repulse » et du « Prince of Wales »

Le 10 décembre, les Japonais allaient administrer une nouvelle preuve de l'efficacité de leurs forces aériennes. Ce jour-là, les navires de ligne britanniques Prince of Wales et Repulse, partis de Singapour, étaient repérés par des appareils de l'aéronautique navale nippone basés à Saïgon. Quelques heures plus tard, les deux bâtiments étaient attaqués à la bombe et à la torpille, par une centaine de bimoteurs Mitsubishi G3M « Nell ». Atteint par une bombe de 250 kg et par cinq torpilles, le Repulse disparut le premier.

Cinquante-cinq minutes plus tard, le Prince of Wales, touché, quant à lui, par deux bombes de 500 kg et par six torpilles, coulait à son tour. C'est à ce moment seulement qu'apparut un petit groupe de chasseurs britanniques venus de Singapour. La fin des deux navires de ligne démontrait la vulnérabilité des grands bâtiments surpris sans couverture aérienne et annonçait le déclin du cuirassé.

En quelques jours, la situation des Alliés était devenue extrêmement grave. La défense des Philippines se résumait en une opération de retardement, dont le terme ne fut autre que les capitulations de Bataan et de Corregidor. Les Japonais entreprenaient la conquête de la Malaisie, en attendant de procéder à des débarquements en Indonésie.

Avec la déclaration de guerre de l'Allemagne et de l'Italie aux États-Unis (11 décembre), ceux-ci se voyaient contraints de combattre sur deux fronts et ne pouvaient engager dans le Pacifique que quatre porte-avions appuyés par des forces aériennes basées à terre. C'est pour freiner l'avance japonaise et préparer un repli sur l'Australie que les Alliés créèrent alors un éphémère commandement unique, l'American, British, Dutch, Australian Command.

aux États-Unis comme ailleurs, la propagande stimulait l'ardeur combative. « il reste une place pour vous dans cette équipe ! » proclame cette affiche de recrutement pour l'US Army Air Force. Mais la guerre n'est pas un jeu, et les équipages de Consolidated B-24 engagés au-dessus du Pacifique en firent rapidement l'expérience

Les porte-avions figuraient alors parmi les instruments essentiels de l'offensive japonaise. C'est ainsi que le 30 janvier 1942, les avions de l'Akagi, du Kaga, du Shokaku et du Zuikaku attaquèrent Rabaul, dans l'île de Nouvelle-Bretagne. Ils récidivèrent deux jours plus tard et, le 23 janvier, assurèrent la couverture aérienne lors des débarquements de Rabaul et de Kavieng, en Nouvelle-Irlande. L'occupation de ces positions permettait aux Japonais de contrôler la mer de Corail, commandant l'accès à l'Australie.

Java constituait, cependant, l'objectif principal. Avant de s'emparer de cette île, la « force de frappe » de l'amiral Nagumo entreprit toutefois d'attaquer Darwin (Australie) à l'aube du 19 février 1942. Dans une large mesure, l'opération, menée par le capitaine de vaisseau Fuchida, fut une réplique de l'attaque de Peirl Harbor : 135 appareils bombardèrent le port et les aérodromes, ne laissant derrière eux que décombres.

Après la chute de l'Indonésie, la poussée japonaise :n direction de l'est s'accentua, obligeant les forces aériennes australiennes et américaines à défendre non seulement l'Australie, mais aussi Port Moresby, situé sur la presqu'île de Huon, dans le sud de la NouvelleGuinée, dans le rayon d'action des bombardiers nippons basés à Rabaul. La prise de cette base aurait permis aux Japonais de dominer la mer de Corail et l'envisager des débarquements en Australie.

Compte tenu de l'enjeu, les Américains décidèrent le faire intervenir dans ce secteur les porte-avions Yorktown, Enterprise et Lexington, d'essayer de détourner l'attention des Japonais vers le nord-est et de éduire la pression en direction de l'Australie. Le lendemain du premier raid nippon sur Darwin, le Lexington effectua une attaque sur Rabaul.

L'opération se solda par un échec, mais attira des forces japonaises nportantes. Au cours de l'action, le Lieutenant Edward « Butch » O'Hare, du Fighter Squadron VF-3, arvint à placer son Grumman « Wildcat » entre le orte-avions et une formation de bombardiers japonais, abattant cinq appareils et en endommageant un sixième. L'exploit de O'Hare, qui fut le premier as de l'US Navy, contribua à relever le moral des Alliés, à un moment où ceux-ci accumulaient encore les désastres.

Le premier bombardement de Tokyo, réalisé sous les ordres du Lieutenant-Colonel Doolittle, eut également un effet psychologique considérable (v. Doolittle). Il réconforta les Alliés, amena les Japonais à renforcer leur système de couverture aérienne et incita Yamamoto à élargir le périmètre défensif nippon dans le Pacifique.

La bataille de la mer de Corail

Pour atteindre cet objectif, l'amiral comptait s'emparer de Midway, après avoir lancé une offensive contre les îles Salomon et la Nouvelle-Guinée. La réussite de ce plan reposait sur la prise de Port Moresby. Pour mener à bien l'opération « MO », l'état-major nippon mit sur pied une force navale composée de cinq formations séparées et commandée par le vice-amiral Inouye.

Les Américains, qui avaient réussi à déchiffrer le code japonais, connaissaient les grandes lignes de ce plan. Leurs moyens étaient cependant très inférieurs à ceux de l'adversaire, et ils ne purent engager en mer de Corail que les porte-avions Lexington et Yorktown (l'Enterprise et le Hornet n'ayant pas encore regagné Pearl Harbor après le raid de Doolittle), six croiseurs lourds, deux croiseurs légers et quatorze contretorpilleurs, regroupés en deux Task Forces.

dérivé australien du North American T-6 d'entraînement, le Commonwealth CAC « Wirraway » fut employé « à toutes les sauces » comme avion d'arme par seize squadrons de la RAAF. Totalement surclassé par ses adversaires, ce type d'appareil parvint toutefois à s'adjuger une victoire contre un chasseur Mitsubishi A6M « Zero »

Dans la première semaine de mai, le commandement allié mit rapidement ses forces en place pour faire face à la menace nippone. Les deux Task Forces se donnèrent rendez-vous au sud de l'île San Cristobal. Simultanément, des bombardiers moyens des Squadrons 13 et 19, des Douglas A-24 du Squadron 8 et des Martin B-26 du 22nd Group se tenaient prêts à intervenir à partir de Townsville (Australie) et de Port Moresby. Également basés à Townsville, des B-17 du 19th Bomber Group surveillaient les accès de Port Moresby et les routes maritimes menant à Rabaul.

La bataille de la mer de Corail débuta le 4 mai 1942 à l'aube. Ayant décollé du Yorktown, des bombardiers en piqué Douglas « Dauntless » des Squadrons VB-5 et VS-5 et des avions torpilleurs Douglas « Devastator » du VT-5, bientôt rejoints par des Grumman « Wildcat » du VF-43, attaquèrent des navires japonais au large de Tulagi, envoyant plusieurs d'entre eux par le fond.

Le lendemain matin, le Lexington faisait sa jonction avec le Yorktown et, dans la soirée, les porte-avions Shokaku et Zuikaku pénétraient à leur tour en mer de Corail, à 115 km seulement au nord des deux Task Forces américaines, et ce, sans que l'un ou l'autre des adversaires se doutât le moins du monde de la proximité de l'ennemi.

C'est seulement le 6 mai à l'aube que des appareils de reconnaissance japonais aperçurent les navires américains. Le lendemain, soixante-dix-huit chasseurs, avions torpilleurs et bombardiers en piqué du Shokaku et du Zuikaku se lançaient à l'attaque. A la position indiquée, ils ne trouvèrent que le pétrolier Neosho et le destroyer Sims. Ils coulèrent le destroyer et désemparèrent le pétrolier, que les Américains achevèrent à la torpille. Le 7 mai, enfin, intervint l'événement décisif.

Des appareils du Lexington repérèrent un groupe de soutien japonais. En compagnie des avions du Yorktown, ils passèrent à l'attaque, concentrant leurs coups sur le porte-avions léger Shoho, dont les douze chasseurs furent bientôt submergés. Les Dauntless et les Devastator mirent au but treize bombes et sept torpilles, envoyant le porte-avions par le fond en quelques minutes (sur 800 hommes d'équipage, il n'y eut que 200 survivants).

 

Mais, le 8 mai à l'aube, les appareils de reconnaissance japonais repéraient à leur tour les Américains à quelque 300 km au sud de l'escadre japonaise et gardèrent le contact jusqu'à l'arrivée des avions du Shokaku et du Zuikaku. L'attaque fut menée avec une rare détermination, et, à la fin de la matinée, le Lexington avait encaissé deux torpilles et plusieurs bombes. Une explosion interne, provoquée par l'inflammation de vapeurs d'essence, scella le sort du porte-avions. Tandis qu'il coulait ses avions prirent l'air et, se joignant à ceux du Yorktown, se lancèrent à la poursuite des deux porte-avions japonais, leur infligeant de sérieux dégâts.

Premier engagement « au-delà de l'horizon » entre porte-avions, la bataille de la mer de Corail constitue un tournant dans l'histoire navale. Sur le plan tactique, elle put apparaître comme un succès japonais, la perte du Shoho étant largement compensée par celle du Lexington. Toutefois, les avaries infligées au Shokaku et au Zuikaku exigèrent de sérieuses réparations, qui empêchèrent les deux navires de prendre part à la bataille de Midway. Sur le plan stratégique, en revanche, la bataille de la mer de Corail était un échec, car les Japonais durent renoncer à l'attaque contre Port Moresby.

Midway : une rencontre décisive

Malgré ce revers, Yamamoto décida de poursuivre l'offensive contre la Nouvelle-Guinée et les Salomon, et surtout d'exécuter le plan « MI », c'est-à-dire l'opération contre Midway, tout en débarquant des troupes aux Aléoutiennes pour élargir le « périmètre défensif » nippon et mettre l'archipel à l'abri des raids aériens alliés. Dans l'esprit de l'amiral japonais, l'attaque sur Midway servirait de tremplin à une opération décisive contre les îles Hawaii et Pearl Harbor avant la fin de 1942.

à côté des Curtiss P-40, les Bell P-39  Airacobra » constituèrent l'ossature des unités de chasse de l'US Army Air Force dans le Pacifique au cours des deux premières années du conflit. Cet appareil, dont les performances s'avérèrent inférieures à celles du Mitsubishi A6M  Zero », se caractérisait par l'installation du moteur derrière le pilote afin de concentrer un puissant armement à l'avant du fuselage

Compte tenu de l'importance de l'enjeu, toute la « flotte combinée » fut mobilisée dans le cadre du plan Ml. Yamamoto s'attendait à une riposte de toutes les forces navales américaines, ce qui lui permettrait d'en finir avec la flotte du Pacifique. Dans cette perspective, les débarquements dans les Aléoutiennes joueraient un rôle de diversion et faciliteraient la victoire nippone en dispersant les forces adverses.

Embarqué sur le cuirassé Yamato, le commandant en chef dirigeait en personne les opérations. Malgré l'expérience acquise à Pearl Harbor, en Malaisie et dans la mer de Corail, il restait convaincu que la décision finale incomberait aux navires porte-canons, les porte-avions devant simplement préparer le débarquement de Midway et affaiblir préalablement la flotte américaine.

Grâce aux services spéciaux, qui avaient réussi à décrypter le code des transmissions de la marine impériale, les Américains étaient parfaitement renseignés sur les plans japonais. A Midway, les unités à terre déployèrent une activité frénétique pour renforcer les défenses de l'île. L'arrivée du 22nd Marine Aircraft leur permit d'aligner dix-neuf SBD-2 Dauntless, dix-sept Vought SB2U-3 « Vindicator », et un Brewster F2A-3 « Buffalo » et sept F4F-3 « Wildcat », soit vingt-huit chasseurs, commandés par le Major Floyd B. Park et trente-six bombardiers en piqué, sous les ordres du Major Lofton R. Henderson.

Bombardiers en piqué Douglas SBD n Dauntless » au décollage sur une piste des lies Salomon, lors de l'offensive américaine contre Bougainville à la fin de l'année 1943. Au fil de son avance dans le Pacifique, l'USAAF aménageait de vastes terrains d'aviation pour le ravitaillement et le bombardement stratégique

Des B-17 de l'armée, appartenant aux Bomber Squadrons 126, 31, 72 et 431, vinrent encore s'ajouter aux B-26 déjà stationnés sur l'île, dans le but de briser l'attaque nippone. De fait, dans l'après-midi du 3 juin, neuf Flying Fortress repérèrent la flotte de transport japonaise à 200 milles à l'ouest de Midway et l'attaquèrent sans succès.

La véritable bataille ne commença que le lendemain à l'aube, quand l'amiral Nagumo lança contre les installations américaines une vague de 108 appareils embarqués sur l'Akagi, le Kaga, le Hiryu et le Soryu. Des hydravions de reconnaissance catapultés prirent également l'air pour repérer la présence éventuelle des porte-avions américains Enterprise, Hornet et Yorktown, qui avaient pris position au nordouest de Midway.

deux séquences de l'attaque par un B-25 du 345th Bomber Group de l'USAAF d'un torpilleur japonais au large des côtes chinoises

Tandis que les appareils japonais attaquaient Midway, les Américains multipliaient les vols d'observation pour localiser la flotte japonaise. Ces reconnaissances étaient menées à la fois par des avions basés à terre et par des appareils embarqués. Un hydravion japonais repéra alors une des formations américaines, mais fut incapable d'identifier le porte-avions, entouré de ses bâtiments d'escorte.

A bord des porte-avions, une seconde vague d'appareils se préparait à décoller, mais Nagumo se montrait hésitant. Devait-il lancer une autre attaque sur Midway avec des appareils équipés de bombes, ou devait-il les réarmer avec des torpilles pour affronter éventuellement les porte-avions américains? II opta finalement pour la seconde solution. Mais, alors que l'opération était en cours, le Hiryu fut attaqué par seize bombardiers Dauntless du Marine Corps.

Si elle se solda par un échec et par de lourdes pertes pour les Américains, violemment pris à partie par les chasseurs japonais (le chef de la formation, le Major Henderson, fut lui-même abattu), cette attaque ne fut cependant pas inutile. Elle renforça la circonspection de Nagumo. Ne voulant pas lancer une attaque contre les porte-avions américains sans couverture de chasse, il décida d'attendre le retour des avions qui avaient participé au raid contre Midway. Cet ajournement devait avoir des conséquences fatales.

Cent trente et un appareils venaient, en effet, de décoller des trois porte-avions américains. Le premier assaut se solda encore par un échec complet et de très lourdes pertes. C'est ainsi que tous les avions torpilleurs TBD Devastator du Hornet furent abattus par les Zero. Il n'y eut qu'un seul survivant, l'Ensign George Gay, qui assista ensuite à toute la bataille depuis son canot pneumatique. Quelques minutes plus tard, deux nouvelles vagues de quatorze et douze avions torpilleurs venues de l'Enterprise et du Yorktown furent, à leur tour, presque totalement anéanties par la chasse japonaise.

Ce sacrifice ne fut pourtant pas inutile. Les attaques menées au ras des flots par les avions torpilleurs avaient attiré presque tous les chasseurs nippons et privé les porte-avions de protection. La formation de trentetrois bombardiers en piqué Dauntless venue de l'Enterprise, et commandée par le Lieutenant-Commander McClusky, put ainsi opérer sans rencontrer d'opposition; d'autant que lorsque Nagumo avait décidé de substituer des torpilles aux bombes ces dernières n'avaient pas été remises en soute et encombraient les ponts et les hangars, constituant un danger mortel pour les porte-avions.

McClusky concentra son attaque sur l'Akagi et le Kaga tandis que les avions du Yorktown, commandés par le Lieutenant-Commander Maxwell F. Leslie, prenaient pour cible le Soryu. Les trois bâtiments japonais coulèrent l'un après l'autre, ravagés par des incendies et surmontés d'énormes colonnes de fumée.

harcelé par les bombardiers de la Task Force 16 lors de la bataille de Midway, le croiseur lourd japonais Mikuma, réduit à l'état d'épave flottante, tente vainement de regagner le Japon : il devait exploser en cours de route, le 6 juin 1942

Le Hiryu étant resté intact, les Japonais purent riposter. Décollant par vagues successives, les avions nippons réussirent à repérer et à toucher le Yorktown, que son équipage dut abandonner et qui fut achevé le lendemain par un sous-marin japonais. Contreattaquant à leur tour, les Américains vengèrent la perte du Yorktown : ayant repéré le Hiryu, une formation de l'Enterprise, commandée par le Lieutenant Wilmer E. Gallagher, mit quatre bombes au but; ravagé par le feu, le porte-avions dut être abandonné et fut coulé à la torpille.

Après ce dernier désastre, l'escadre japonaise fut contrainte à la retraite, harcelée dans la matinée du 6 juin par des appareils du Marine Corps et des B-l7 basés à Midway, qui envoyèrent par le fond le croiseur lourd Mikuma.

La bataille de Midway se soldait donc par une éclatante victoire américaine. Avec la perte de quatre porte-avions, la « force de frappe » japonaise se trouvait singulièrement affaiblie, et l'amiral Yamamoto se voyait contraint de renoncer à l'opération sur Midway.

Échec de l'offensive nippone

La diversion des Aléoutiennes fut également un échec. Les Japonais eurent en effet la surprise de s'y heurter aux forces de l'USAAC, de l'US Navy et du Canadian Western Air Command.

Alors que les appareils des porte-avions Junyo et Ryujo lançaient une attaque contre les îles d'Attu et de Kiska, la flotte japonaise fut repérée et bombardée par des appareils américains, mais sans succès.

Un B-26 lança une torpille si près du Ryujo que l'engin ricocha, sauta par-dessus le porte-avions et retomba de l'autre côté. En outre, un hydravion d'exploration nippon fut abattu par deux Curtiss P-40 du Pursuit Squadron 11, basé à Unimak.

Les 6 et 7 juin, les Japonais débarquèrent respectivement à Attu et Kiska, prenant pied à l'extrémité du continent nord-américain.

Un bombardier en piqué japonais tombe en flammes, abattu par la défense antiaérienne du porte-avions USS Wasp

Mais cette occupation n'influa nullement sur la conduite de la guerre et n'empêcha pas les Américains d'approvisionner par mer l'Union soviétique; qui plus est, l'affaire des Aléoutiennes leur permit de se familiariser avec la technique aéronautique japonaise : un Mitsubishi A6M2 abattu au-dessus de l'île d'Akutan fut capturé pratiquement intact. Transporté aux États-Unis, il fut remis en état et testé à fond, pour le plus grand profit des pilotes américains.

La Cactus Air Force

Malgré les pertes subies à la bataille de la mer de Corail et surtout à Midway, la marine impériale n'en restait pas moins redoutable, d'autant que les AngloAméricains avaient décidé de consacrer le gros de leurs efforts au théâtre européen et de se borner à la défensive dans le Pacifique. De fait, les Japonais allaient poursuivre l'offensive dans les Salomon et entreprendre la construction d'un aérodrome à Guadalcanal pour interdire les communications entre les îles Hawaii et l'Australie. Cette initiative ne pouvait qu'entraîner une réplique des Alliés.

Mais le Pacifique Sud ne constituait pas le seul souci de l'état-major allié. Depuis la Birmanie, qu'ils avaient occupée entre février et mai 1942, les Japonais menaçaient en effet les Indes et avaient fini d'isoler la Chine en coupant la célèbre route de Birmanie. Sur ce théâtre, la 10th Air Force appuyait désormais les « Tigres volants », toujours équipés de Curtiss P-40B.

Largement démodés, ceux-ci furent remplacés par des P-40E en mai 1942, quelques semaines avant l'arrivée du 23rd Fighter Group, chargé d'apporter son soutien aux volontaires de Claire Lee Chennault, qui furent d'ailleurs rapidement incorporés dans les forces armées américaines.

Le porte-avions Wasp, qui appartenait à la flotte de l'Atlantique, rejoignit l'Enterprise, le Saratoga et le Hornet dans le Pacifique. La présence de ces quatre bâtiments n'assurant pas aux Alliés une puissance aérienne suffisante pour couvrir les opérations des Salomon, la construction d'un important aérodrome fut entreprise en juillet 1942 à Espiritu-Santo (Nouvelles-Hébrides), à quelque 900 km de Guadalcanal.

A cette date, le commandement allié n'ignorait pas que les Japonais aménageaient, eux aussi, un aérodrome à Guadalcanal. Le seul moyen de le neutraliser était d'effectuer un débarquement dans l'île. Les missions de reconnaissance préalables furent confiées à l'USAAC et à la RAAF, bientôt renforcés par des formations de l'US Navy et du Marine Corps.

le Mitsubishi J2M2 « Raiden » (« Jack ), l'un des meilleurs chasseurs japonais des derniers mois de la guerre.

Le 7 août, les Américains prenaient pied dans l'île, s'emparant presque aussitôt de l'aérodrome, qui fut baptisé Henderson Field en hommage au commandant du Squadron VMSB-241, qui avait trouvé la mort à Midway, dans l'attaque du porte-avions Hiryu.

Les Japonais répliquèrent immédiatement en envoyant des renforts, et, pendant des mois, l'île fut le théâtre de combats acharnés au coeur de la jungle et sur un terrain extrêmement accidenté. Les premiers avions américains à se poser à Henderson Field furent dix-neuf Grumman « Wildcat » et douze Douglas « Dauntless » arrivés à bord du Long Island, le premier cargo transformé en porte-avions d'escorte. (Ce type de bâtiment, baptisé « Jeep carrier », en l'honneur du véhicule tout terrain de l'armée, ou « bébé porte-avions », devait être utilisé par la marine américaine et la Royal Navy aussi bien dans le Pacifique que dans l'Atlantique.)

Le 20 août, la Cactus Air Force (nom de code de Guadalcanal) rassemblait le VMF-223 (Wildcat), le VMF-231 (Dauntless), plus cinq Bell P-400 (version d'exportation du P-39 Airacobra guère appréciée des pilotes) du Squadron 67 de l'USAAF. L'Enterprise ayant été endommagé lors du premier assaut japonais contre Guadalcanal, onze de ses Dauntless gagnèrent Henderson Field, où ils séjournèrent pendant un mois. L'immobilisation du porte-avions américain devait être largement compensée par la destruction du Ryujo, coulé le 24 août par les appareils du Saratoga.

La perte du porte-aéronefs japonais, dans le cadre de la bataille des Salomon orientales, explique l'acharnement des sous-marins japonais à traquer les porteavions américains. C'est ainsi que, le 31 août au matin, le I-26 mit une torpille au but sur le Saratoga, obligeant le bâtiment à effectuer de longues réparations aux Hawaii. Dans l'après-midi du 15 septembre, le 1-19 coula le Wasp, qui couvrait le débarquement de renforts à Guadalcanal.

Dès lors, la flotte américaine ne disposant plus dans le Pacifique que d'un seul porteavions, le Hornet, l'état-major fit accélérer la remise en état de l'Enterprise. En attendant, la défense des Salomon et de Guadalcanal était littéralement remise en question. Pour assurer l'appui au sol, les Alliés firent un effort considérable en faveur de l'aviation, en mettant sur pied une 5th Air Force, créée le 3 septembre 1942 et placée sous les ordres du Major General George C. Kenney.

Elle était constituée d'un groupe de bombardement léger, de deux groupes de bombardiers moyens, de trois formations de bombardiers lourds et de trois groupes de chasse, renforcés par les Squadrons 22 (Douglas « Boston »), 30 (Bristol « Beaufighter »), 100 (Bristol « Beaufort »), 75 et 76 (Curtiss « Kittyhawk ») de la RAAF.

Tandis que les Américains remaniaient leur dispositif, l'amiral Yamamoto pressait l'armée de reprendre l'aérodrome d'Henderson si elle tenait à conserver le soutien de la marine, qui, dans le cas contraire, se replierait sur la base de Truk. Prenant cette menace au sérieux, l'état-major de l'armée accepta de participer à une opération combinée, à laquelle Yamamoto consacra des moyens importants, en l'occurrence, les porte-avions Junyo, Shokaku, Zuikaku et Zuiho, mettant en oeuvre au total plus de deux cents appareils.

en haut, Curtiss P-40 « Kittyhawk » du Squadron 15 de la Royal New Zealand Air Force; en bas, Douglas « Devastator du VT-6. Les équipages de ce type d'appareil turent littéralement sacrifiés à Midway

L'opération devait conduire à la bataille de Santa Cruz (26 octobre 1942), qui se solda par une des dernières victoires tactiques des Japonais. Ils endommagèrent gravement l'Enterprise et coulèrent le Hornel, mais au prix de deux porte-avions endommagés et d'une centaine d'appareils perdus. Cette bataille devait marquer le chant du cygne de l'aéronavale nippone. A partir de l'été 1943, la promesse de Roosevelt de faire des États-Unis l'arsenal des démocraties commença à se réaliser.

Kenney bénéficiait d'un auxiliaire précieux en la personne du Major Paul Gunn, un vétéran de l'aviation navale, dont la spécialité consistait à modifier les A-20 et les B-25 pour les transformer en véritables chars volants, dotés d'une puissance de feu considérable. La RAAF ayant pour mission de s'opposer à toute attaque aérienne lancée à partir de l'Indonésie, la 5th Air Force put concentrer ses moyens dans le secteur comprenant la Nouvelle-Guinée, la mer de Corail, les îles Salomon et l'archipel des Bismarck.

Non seulement la production aéronautique fut intensifiée, mais une nouvelle flotte de cuirassés, de croiseurs, de destroyers et surtout de porte-avions fit son apparition dans le Pacifique. Les porte-avions étaient de deux types : les bâtiments de la classe « Essex » de 26 000 t, équipés d'un pont d'envol de 250 m et susceptibles de mettre en oeuvre une centaine d'appareils; les navires légers de la classe « Independence » de 11 000 t, construits à partir de coques de croiseurs et embarquant une quarantaine d'avions. A la même époque les Japonais devaient se contenter de transformer en porte-avions des bâtiments existants, ravitailleurs d'hydravions ou paquebots.

Dans les derniers mois de 1942 et au début de 1943, les forces du général Kenney poursuivirent leur bataille d'usure contre l'aviation nippone depuis la Nouvelle-Guinée jusqu'à la Nouvelle-Bretagne. Les B-24, les B-17 et les hydravions Catalina patrouillèrent alors au-dessus de Rabaul et du golfe de Huon, au large de la Nouvelle-Guinée, surveillant les convois ennemis et les attaquant.

De janvier à mars 1943, les P-40 du 49th Fighter Group détruisirent vingt-huit japonais, tout en menant des attaques contre les navires avec des bombes de 150 kg. Aux commande d'un Lockheed P-38 « Lightning », le Lieutenant Richard Bong, qui allait devenir l'un des grands as de l'aviation américaine, réussit à abattre en une seule mission trois avions sur une formation de quarante.

L'efficacité de l'aviation atteignit un niveau tel qu'elle suscita des réactions sauvages de la part des Japonais. C'est ainsi qu'ils décapitèrent le Lieutenant Newton du Squadron 22 de la RAAF, l'un des pilotes les plus audacieux en matière d'attaques en rase-mottes, qu'ils avaient fait prisonnier le 18 mars 1943.

Devant l'usure croissante de leurs forces, les Japonais se décidèrent au début du mois de février 1943 à évacuer Guadalcanal, rompant ainsi l'isolement de l'Australie. Les Américains purent alors reprendre l'offensive et entreprendre la reconquête des Salomon, qui devait se révéler longue et difficile.

C'est à cette date qu'apparurent les premiers Vought F4U « Corsair », utilisés d'abord par le Marine Corps puis par l'aviation embarquée. Puissant et rapide, le Corsair devait se révéler un remarquable instrument de combat, surclassant nettement le Mitsubishi A6M. Le Major Gregory Boyington devait remporter à son bord vingt-huit victoires homologuées.

VUSS Hornet attaqué par les Nakajima B5N « Kate »

La mort de Yamamoto

Pendant tout ce temps, les services de renseignements américains continuaient à déchiffrer le code japonais. Ayant ainsi appris que l'amiral Yamamoto devait effectuer une mission d'inspection dans les Salomon depuis Kavieng, mission assurée par deux Mitsubishi « Betty », les Américains mirent au point un plan visant à faire disparaître le commandant en chef de la flotte combinée.

Dans la matinée du 18 avril 1943, seize P-38, spécialement modifiés pour des missions à longue distance au-dessus de la mer, interceptèrent les deux appareils tandis qu'ils survolaient l'île Bougainville et les abattirent. La disparition de Yamamoto intervenait un an jour pour jour après le raid de Doolittle sur Tokyo.

Un mois plus tard, le porte-avions Victorious de la Royal Navy arrivait dans le Pacifique du Sud-Ouest pour prendre la relève de l'Enterprise, qui put ainsi rallier les Hawaii pour un carénage de dix semaines, après que ses avions eurent été transférés sur le bâtiment britannique.

La puissance des Alliés devait également beaucoup aux appareils à long rayon d'action de l'US Navy, destinés aussi bien à la reconnaissance qu'au bombardement, comme le PB4Y-1, version navalisée du Liberator, ou le PB4Y-2 Privateer, qui différait totalement de la version d'origine. C'est aux commandes d'un de ces appareils que le Lieutenant-Commander Bruce Van Voorhis effectua un raid sans escorte de 1 130 km dans le secteur des Salomon.

Son objectif consistait à prévenir une attaque surprise des Japonais et à détruire des installations particulièrement bien défendues. Malgré la violente réaction de la chasse et de la défense antiaérienne nippones, Van Voorhis et son équipage remplirent leur mission. Mais, atteint par l'explosion d'une de ses propres bombes, Van Voorhis dut faire un amerrissage forcé, dans lequel il trouva la mort (il reçut la médaille d'honneur du Congrès à titre posthume).

Après la bataille d'usure des Salomon, qui avait duré près d'un an, la guerre du Pacifique entra dans une seconde phase, avec l'entrée en service des nouveaux porte-avions américains qui allaient permettre le développement de la contre-offensive victorieuse en direction du Japon. Ces bâtiments se firent remarquer non seulement par l'importance de leurs flottilles, mais aussi par la mise en oeuvre d'une nouvelle génération d'appareils, les Grumman F6F « Hellcat », qui surclassaient nettement les chasseurs japonais, et les Grumman TBF « Avenger », destinés au torpillage.

Douglas SBD « Dauntless » alignés pour le décollage sur le pont d'envol de VUSS Yorktown (CV-10) en 1943. Le Dauntless fut largement utilisé dans le Pacifique par la marine américaine mais aussi par l'armée (sous la désignation A-24), le Marine Corps et la force aérienne néo-zélandaise

Les porte-avions lourds Esse.v et Yorktown, et le porte-avions léger lndependence entrèrent en action le 1 er septembre 1943, lançant de violentes attaques contre l'île Marcus. Trois semaines plus tard, les 18 et 19 septembre, le Lexington, le Princeton et le Belleau Wood menaient des raids contre Tarawa et Makin, deux des îles Gilbert. Les 5 et 6 octobre, les appareils du Cowpens, de l'Essex, du Yorktown, du Lexington, de l'lndependence et du Belleau Wood bombardèrent et mitraillèrent l'île de Wake, mettant au point à cette occasion des tactiques qu'ils allaient utiliser tout au long des deux années suivantes.

Le « tir aux pigeons » des Mariannes

Dès lors, disposant d'un instrument parfaitement rodé, les Alliés purent appliquer le plan d'offensive dans le Pacifique mis au point lors d'une conférence qui s'était tenue à Québec au mois d'août. Une double opération était prévue. Dans le sud, les forces placées sous le commandement de MacArthur devaient remonter par la Nouvelle-Guinée et les Célèbes en direction des Philippines, de manière à couper le Japon de ses conquêtes du Sud-Est asiatique. Simultanément, l'amiral Nimitz, avec le gros de la flotte du Pacifique, s'assurerait le contrôle des îles Gilbert, Marshall et Mariannes, où des aérodromes seraient installés pour attaquer directement l'archipel nippon lui-même.

La double offensive débuta en octobre avec le débarquement de Bougainville, qui devait mettre fin à la campagne des Salomon (depuis des mois, cette île faisait l'objet d'attaques aériennes répétées). Parallèlement, les Alliés multiplièrent les raids sur la grande base nippone de Rabaul et sur tous les points susceptibles de contribuer au ravitaillement des troupes japonaises engagées à Bougainville.

Les porte-avions Essex, Bunker Hill, lndependence participèrent à cette entreprise de neutralisation. Fin décembre, les Américains contrôlaient une large tête de pont sur l'île Bougainville. Ils y construisirent un aérodrome et se contentèrent ensuite de « surveiller » le reste de la garnison nippone, qui devait « pourrir » sur place jusqu'à la fin de la guerre.

En décembre, MacArthur lança toute une série d'opérations (débarquements en Nouvelle-Irlande, en Nouvelle-Bretagne et dans les îles de l'Amirauté) visant à neutraliser Kavieng et Rabaul. La technique était alors tout à fait au point. Les débarquements n'intervenaient qu'avec une supériorité aérienne totale, assurée par les avions terrestres et embarqués.

Une fois la tête de pont assurée, le corps des « Seabees » entreprenait la construction d'aérodromes donnant à l'aviation la possibilité de renforcer son action. De ce fait Kavieng et Rabaul ne firent pas l'objet d'un assaut en règle. Soumis à des raids incessants, totalement isolées, les deux bases, suivant l'expression consacrée, « pourrirent » sur place jusqu'à la capitulation de 1945. En avril-mai 1944, MacArthur utilisa la même tactique en Nouvelle-Guinée, « sautant » Wewak avant de pousser en direction des Célèbes et des Philippines.

A cette date, l'offensive de Nimitz dans le Pacifique central était entrée dans une phase décisive. A partir de novembre 1943, la Task Force 50 (redésignée peu après TF-58)„ comprenant les nouveaux porte-avions du Pacifique, avait joué un rôle déterminant dans les assauts lancés successivement contre les atolls de Tarawa, d'Eniwetok et de Kwajelein.

Menée à bien malgré la résistance désespérée des Japonais (notamment à Tarawa), cette opération permit aux Alliés de s'assurer le contrôle des Gilbert et des Marshall. Grâce à l'aviation terrestre, opérant à partir de nouveaux aérodromes, et à l'aviation embarquée, la grande base nippone de Truk fut également neutralisée, ce qui obligea la marine impériale à se replier sur les Paulau, puis sur Tawi Tawi (Bornéo).

Après une pause de trois mois, Nimitz poursuivit la réalisation de son plan par une attaque directe contre les Mariannes, qui occupaient une remarquable position stratégique. (L'archipel commandait les relations entre le Japon et les Carolines et constituait la défense avancée des Philippines.)

en haut ;un bombardier torpilleur embarqué Nakajima B5N Type 97 k Kate H touché par la défense antiaérienne du Yorktown au cours de la bataille de Midway. en bas; Le North American B-25 n Mitchell » fut le bimoteur de bombardement tactique le plus employé dans le Pacifique. Les versions G et H reçurent un canon de nez de 75 mm pour opérer contre les objectifs terrestres et les bâtiments de moyen tonnage

L'opération, qui débuta le 10 juin 1944, mit en jeu des forces considérables 130 000 hommes, qui devaient débarquer à Saïpan, Tinian et Guam, sous la protection d'une énorme armada, comprenant les quinze porte-avions de la TF-58 sous les ordres de l'amiral Mitscher, un pionnier de l'aéronautique navale, qui commandait le Hornet lors du raid de Doolittle sur Tokyo.

Le 11 juin, les appareils de la TF-58 se déchaînèrent sur Saïpan pour préparer l'opération amphibie. Le commandement nippon avait prévu les grandes lignes du plan et mis au point une riposte. La flotte combinée était désormais sous les ordres de l'amiral Koga, qui, à l'instar de son prédécesseur, tenait à se servir des porte-avions qui lui restaient pour briser l'offensive américaine, mais sans combattre à grande distance, comme à Pearl Harbor ou à Midway.

Le plan de Koga consistait à attirer les porte-avions américains à proximité des grandes bases nippones, ce qui permettrait aux bombardiers terrestres de conjuguer leur action avec celle de l'aviation embarquée. Mais, l'amiral ayant trouvé la mort dans un accident d'avion, le 31 mars 1944, ce plan fut légèrement modifié par son successeur, Soemu Toyoda. Lors du déclenchement de l'opération américaine contre les Mariannes, celui-ci décida de riposter aussitôt, sans attendre une action adverse contre les Philippines ou les Ryu kyu.

Le 19 juin, à l'aube, tous les porte-avions disponibles (cinq bâtiments lourds et quatre légers) étaient prêts à livrer l'ultime combat contre la TF-58. Ils devaient exclusivement assurer la couverture des débarquements, tandis que les avions terrestres attaqueraient les bâtiments adverses. A l'aube, des Zero basés à Saïpan et des bombardiers de l'aviation embarquée repérèrent la flotte américaine. Tirant parti des leçons de Midway, les Japonais multiplièrent alors les reconnaissances pour déterminer avec précision la position de la Task Force.

Dans la même optique, les Américains engagèrent de nombreuses vagues de chasseurs, de bombardiers et d'avions torpilleurs à l'extrême limite de leur rayon d'action quand l'ennemi fut repéré. Dès le départ, la bataille tourna à l'avantage de la TF-58. Les formations japonaises furent disloquées et subirent de lourdes pertes, par la chasse mais aussi par la défense antiaérienne des navires américains.

A la fin de la journée, les Américains pouvaient revendiquer la destruction de quatre cent deux appareils nippons pour la perte de vingt-trois des leurs seulement. Le bilan était si lourd que la bataille de la mer des Philippines fut surnommée le « tir aux pigeons des Mariannes ».

La victoire américaine ne se limita pas à une destruction massive d'avions japonais. Combinant leurs efforts, porte-avions et sous-marins avaient envoyé par le fond, le 19 juin, les porte-avions nippons Taiho et Shokaku. Le lendemain, ils avaient coulé le Hiyo et deux pétroliers, et endommagé quatre porte-avions et plusieurs grands navires. La bataille des Mariannes fut la plus grande bataille de porte-avions de l'histoire et signa l'arrêt de mort de l'aéronautique navale japonaise.

La victoire américaine tenait en partie au manque d'entraînement des pilotes japonais et surtout à la supériorité des Hellcat sur les Zero, sans parler de l'énorme puissance de feu de l'US Navy. Une catastrophe vint cependant ternir ce triomphe. Le 20 juin, compte tenu de la longueur de leur mission, la plupart des avions de la TF-58, à court d'essence, durent se poser en mer ou apponter en pleine nuit sur les porteavions. Une centaine d'appareils furent perdus, mais les trois quarts des équipages purent toutefois être sauvés.

Au moment où la bataille des porte-avions faisait rage, plusieurs unités aériennes américaines intervenaient dans l'appui au sol. Les hydravions de reconnaissance du Squadron VP-16 effectuèrent leurs premières sorties le 16 juin, rejoints le lendemain par des appareils d'observation de la marine.

Le 22 juin, la couverture aérienne de Saïpan fut renforcée par l'arrivée de vingt-deux Republic P-47 « Thunderbolt » du Fighter Squadron 19 de l'USAAF, qui avaient décollé des porte-avions d'escorte Manila Bay et Natoma Bay. Deux jours plus tard, les effectifs de la chasse étaient grossis par l'arrivée du Squadron 73, de sept Northrop P-61 « Black Widow » du Night Fighter Squadron 6 et des derniers P-47 du Squadron 19. Ces renforts contribuèrent à parachever la conquête de Saïpan le 9 juillet, de Tinian le 1er août et de Guam le 15.

La défaite des Mariannes provoqua au Japon une crise politique aiguë. Le cabinet Tojo dut donner sa démission et fut remplacé par un gouvernement de coalition, qui entendait continuer la lutte, bien que la situation fût extrêmement grave sur tous les plans. Indépendamment de l'offensive de Nimitz dans le Pacifique central, MacArthur progressait sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée, ce qui laissait prévoir une opération de très grande ampleur sur les Philippines pour le mois de septembre.

Enfin, le Japon voyait déjà se ralentir ses importations de pétrole indonésien du fait de l'action des sous-marins américains et du raid lancé sur la côte orientale de Java en mai 1944 à partir des porte-avions Illustrious et Saratoga, raids qui avaient sérieusement endommagé les raffineries de pétrole et obligé les Japonais à transférer dans le Sud-Est asiatique des renforts qui allaient leur faire cruellement défaut dans le Pacifique central.

Le plan « Sho »

Après les débarquements réussis de Nouvelle-Guinée et la bataille des Mariannes, la guerre entra dans une phase décisive. Conformément aux décisions prises à la seconde conférence de Québec en septembre 1944, les deux branches de la poussée allaient se rejoindre, MacArthur et Nimitz conjuguant leurs efforts pour lancer le premier assaut contre les Philippines, dont l'occupation couperait complètement le Japon de ses conquêtes du Sud-Est asiatique et servirait de tremplin pour attaquer Formose ou les Ryu kyu, puis le territoire nippon.

en haut; le porte-avions léger Belleau Wood endommagé par un kamikaze durant la bataille de Leyte Ce coup au but provoqua la mort de quatre-vingt-douze marins et la destruction de douze Hellcat et Avenger; En bas, formation de B-29 se dirigeant vers le Japon en 1944

L'opération - qui débuta le 20 octobre par un débarquement dans l'ile de Leyte, où prirent pied quatre divisions - mettait en oeuvre, suivant un scénario qui tendait à devenir classique, une imposante flotte amphibie appuyée par une escadre composée de cuirassés, de croiseurs, de destroyers et de porte-avions d'escorte, et couverte à distance par la TF-38 placée sous les ordres de l'amiral Halsey.

Une fois de plus, le commandement nippon avait deviné les intentions de son adversaire. Dans le cadre du plan « Sho » (Victoire), l'amirauté japonaise joua sa dernière carte et - manceuvre qui ne manquait pas d'audace - lança dans la bataille la quasi-totalité de ce qui restait de la marine impériale en liaison avec l'aviation basée à terre.

Le gros de la flotte, sous les ordres de l'amiral Ozawa, avec des porte-avions dotés de flottilles squelettiques, devait arrriver au nord des Philippines, jouer le rôle d'appât et se sacrifier en attirant l'énorme TF-38. A la faveur de cette diversion, deux escadres venues de l'ouest devaient, en se faufilant dans le dédale de l'archipel des Philippines, tenter d'atteindre les plages de débarquement et détruire les transports américains.

Malgré la disproportion des forces, le plan fut à deux doigts de réussir. Le 24 octobre, tandis que Halsey se lançait impétueusement à la rencontre d'Ozawa, déchaînant ses flottilles contre les porte-avions ennemis, l'amiral japonais, ayant franchi le détroit de San Bernardino sans encombre, arriva en vue de la flotte amphibie, avant de battre en retraite devant les forces de protection américaines, qui, malgré leur infériorité numérique, firent preuve d'une audace et d'un mordant exceptionnels.

Dès lors, la bataille de Leyte, la plus imposante de l'histoire par le nombre de navires engagés, fut un désastre pour les Japonais. S'ils réussirent à couler le porte-avions léger Princeton et à désemparer les croiseurs lourds Canberra et Houston, ils perdirent, quant à eux, trois cuirassés, dix croiseurs, neuf destroyers et surtout les porte-avions Chitose, Chiyoda, Zuiho, ainsi que le Zuikaku, dernier survivant de l'attaque de Pearl Harbor. Le potentiel offensif de la marine impériale était réduit à néant.

C'est à la bataille de Leyte que les Japonais eurent pour la première fois recours au corps spécial des kamikazes, et ce, le 25 octobre 1944, date à laquelle des avions-suicide armés d'une bombe de 250 kg endommagèrent gravement les porte-avions Swanee, Santee, Kitkun Bay et Kalinin Bay, et coulèrent le Saint Lô.

Après une détente méritée à Ulithi (îles Carolines), la TF-38 reprit la mer en décembre pour une croisière en mer de Chine, destinée à couper les lignes de communication nippones et à neutraliser les forces susceptibles de s'opposer au débarquement de Mindoro. Lors de cette opération, les kamikazes coulèrent encore des navires de débarquement et endommagèrent plusieurs grosses unités, comme le croiseur Nashville.

Mais c'est en janvier 1945, au moment du débarquement de Lingayen (île de Luçon), que débutèrent les attaques massives d'avions-suicide. Le 6 janvier, les cuirassés California et New Mexico, les croiseurs Columbia, Louisville et Australia ainsi que plusieurs bâtiments légers furent touchés, puis, dans les jours qui suivirent, le cuirassé Mississippi, de nouveau les croiseurs Columbia et Australia ainsi que trois porteavions d'escorte. Au total, en dix jours, quarante-trois navires alliés furent atteints (dont dix-huit sérieusement) et quatre coulés.

Pour répondre à ces attaques d'une intensité croissante, l'état-major américain disposa en avant de ses forces navales une chaîne de destroyers piquets radar chargés de la détection lointaine. A bord des porteavions, la moitié des chasseurs furent affectés à l'interception pure. La défense antiaérienne des navires fut renforcée et améliorée.

Victorieux sur tous les fronts

A l'époque, la guerre du Pacifique entrait dans sa dernière phase. Tandis que MacArthur poursuivait la conquête des Philippines - il s'empara des ruines de Manille le 23 février et obtint la reddition de Corregidor le 6 mars -, Nimitz entreprenait la marche sur Tokyo. La première étape en fut Iwo Jima, dont la prise devait permettre d'intensifier les raids de B-29 sur le Japon, lancés dès la fin de 1944 à partir des Mariannes, et de faire escorter les bombardiers par les chasseurs.

Déclenché le 19 février, avec un luxe de moyens extraordinaire, l'assaut se heurta à une résistance farouche, et il fallut un mois pour réduire la défense de l'île, truffée de casemates et de fortins. Au cours de cette opération, qui leur coûta 21 000 hommes, les Américains s'assurèrent la maîtrise absolue du ciel; l'action des kamikazes se limita à la mise hors de combat du Saratoga et à la destruction du porte-avions d'escorte Bismarck Sea.

La chute d'Iwo Jima provoqua une nouvelle crise politique au Japon. Le gouvernement de coalition céda la place à un cabinet présidé par l'amiral Suzuki, qui, conscient de la situation sans issue du Japon, était favorable à une paix négociée. De fait, le 1e" avril 1945, débutait le débarquement d'Okinawa, qui marquait la seconde étape de la marche sur Tokyo. Une fois de plus, la bataille fut acharnée, et, en 82 jours de combats, 110000 Japonais et 8 000 Américains devaient y trouver la mort.

L'épisode le plus marquant de la lutte fut l'intervention massive des kamikazes, qui, du 31 mars au 10 juin, coulèrent une dizaine de destroyers et en endommagèrent une soixantaine d'autres. De même, les porte-avions Bunker Hill, Hancock, Fnterprise, lntrepid furent sérieusement touchés. En revanche, les quatre porte-avions britanniques de la classe « Illustrious » souffrirent beaucoup moins de ces attaques grâce à leurs ponts blindés. Au total, vingtdeux bâtiments furent coulés et deux cents endommagés.

En contre-partie, 900 des 1 900 avions-suicide avaient été détruits. En définitive, leurs attaques désespérées n'avaient pu influer sur le déroulement des opérations. Cet échec tenait, d'une part, au pilonnage systématique des bases de kamikazes (établies à Formose et aux îles Ryu kyu) par les avions terrestres et embarqués et, d'autre part, à la mise en place d'une couverture de chasse permanente et à l'intensité de la défense antiaérienne. C'est ainsi que le croiseur Guam put abattre quatre-vingts avions-suicide en l'espace d'une demi-heure.

Les derniers jours d'un empire

Avec la chute d'Okinawa, le Japon était acculé à la défaite. La quasi-totalité de sa flotte de commerce avait été coulée par les sous-marins et l'aviation alliés. Les communications avec l'Asie du Sud-Est étaient coupées. Les usines manquaient de matières premières et de combustible.

Un rationnement alimentaire draconien avait dû être imposé. L'état-major n'était plus en mesure de ravitailler ses garnisons, notamment les forces de Birmanie, confrontées à une violente offensive britannique. De plus, le territoire japonais était soumis depuis décembre 1944 aux raids dévastateurs des bombardiers lourds de la 20th Air Force, qui opéraient, depuis Saïpan, Tinian et Guam (Mariannes). Disposant de mille B-29 Superfortress à la veille de la capitulation, l'aviation stratégique se livra dans un premier temps à des raids de précision de jour sur les centres industriels.

les avions ennemis concentrèrent leurs attaques sur Ford Island, dont le port abritait les plus grosses unités de la flotte

Mais, du fait des réactions de la chasse japonaise et de la violence des turbulences qui limitaient leur précision, ces raids furent abandonnés à partir d'avril 1945 au profit du bombardement au phosphore des grandes villes (les missions de jour sur des industriesclés - constructions aéronautiques, mécaniques, raffineries de pétrole - se poursuivirent néanmoins jusqu'à la fin des hostilités).

Au total, pour la perte de 450 équipages, les B-29 déversèrent sur le Japon 150 000 t de bombes, dont 100 000 t de projectiles incendiaires. Soixante-dix villes subirent des dégâts majeurs. (Un des raids les plus meurtriers concerna Tokyo dans la nuit du 9 au 10 avril, provoquant la mort de plus de 80 000 personnes et faisant 1 million de sans-abris.)

L'industrie fut aussi durement touchée avec la destruction de six cents grandes usines, représentant 17 %. du potentiel de raffinage de pétrole, 25 % de la construction de moteurs d'avions, 40 % de celle des cellules. Le mouillage de mines par les B-29 dans les eaux côtières nippones entraîna la destruction de 10 % de la marine japonaise. Au total, ces raids firent 200 000 morts et près de 8 millions de sans-abris.

Après la chute d'Okinawa, l'aviation de bombardement tactique, opérant à partir des terrains construits sur cette île, ajouta son action à celle du bombardement stratégique, en liaison également avec l'aviation embarquée, les porte-avions pouvant désormais approcher en toute impunité des côtes japonaises.

Compte tenu de leur énorme supériorité matérielle et surtout aérienne, les Alliés étaient désormais en mesure d'envisager un débarquement au Japon, avec les opérations « Olympic » concernant Kyu shu, prévue pour novembre, et « Coronet », pour le printemps de 1946. Mais deux événements rendirent ce projet superflu. Le 6 août 1945, en effet, la Superfortress Enola Gay lâchait la première bombe atomique sur Hiroshima; trois jours plus tard, une seconde bombe dévastait Nagasaki.

Depuis la veille, l'U.R.S.S. avait déclaré la guerre au Japon et envahi la Mandchourie. Comprenant que la poursuite de la guerre ne pouvait que conduire à la catastrophe, l'empereur, jouant de son immense prestige, réussit à imposer la paix. S'adressant à la population à la radio, il lui demanda de « supporter l'insupportable ».

Le Japon acceptait les conditions définies à la conférence de Potsdam, c'est-à-dire la capitulation inconditionnelle, sous la seule réserve que l'empereur conservât son trône. Le 2 septembre 1945, la reddition était signée en rade de Tokyo, à bord du cuirassé Missouri, sous la présidence de MacArthur.

Indépendamment de ses répercussions politiques, la guerre du Pacifique venait de mettre en évidence le rôle déterminant de l'aviation sur un théâtre immense. A partir de la mer de Corail, toutes les grandes batailles s'étaient déroulées « au-delà de l'horizon », se réduisant à un duel entre flottilles de porte-avions. Les seuls engagements entre cuirassés ou croiseurs étaient intervenus de nuit.

Toutefois, à la fin du conflit, il avait fallu reconnaître, en raison des progrès considérables de la défense aérienne, que le navire n'était plus désarmé contre l'avion. Grâce à leurs formidables moyens, les Américains avaient accumulé les succès en menant des attaques massives de saturation, comme celle qui avait entraîné la fin du cuirassé géant Yamato, au large d'Okinawa. En revanche, les Japonais avaient dû recourir à la méthode désespérée des kamikazes. Cette situation annonçait, en tout cas, l'ère des missiles.

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   Fan d'avions © 16 Mai, 2001