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Histoire de l'aviation

Histoire de l'Aviation

France

 


 

PREMIÈRE VICTOIRE AÉRIENNE

Joseph Frantz ouvrit l'ère du combat aérien le 5 octobre 1914 en abattant un Aviatik allemand

Né le 17 août 1890 à Beaujeu (Rhône), Joseph Frantz entendit dès sa prime enfance parler des frères Montgolfier, qui avaient possédé un château dans la région. Un tel voisinage, encore enjolivé par l'imagination enfantine, suscita chez lui une passion précoce pour les choses de l'air.

Son père (qui fut le premier fabricant de limonade) ayant fait faillite, Frantz fut accueilli par un parent, qui possédait une confiserie à Romainville. Passionné de mécanique, le jeune garçon était chargé de l'entretien des machines, ce dont il s'acquittait avec zèle. Quant à ses moments de loisir, il les passait sur le terrain d'Issy-les-Moulineaux, offrant volontiers ses services pour tenir les appareils avant le décollage (à l'époque, on n'avait pas encore pensé à caler les roues).

Toujours à l'affût de l'heureux hasard qui lui permettrait d'accéder au monde de l'aéronautique, Frantz, ayant appris que la firme Pischoff et Koechlin recherchait un apprenti, se présenta à Juvisy et fut engagé. Il découvrit ainsi les moteurs d'avion et put même rouler sur des appareils au sol. Efficace et passionné par son travail, il devint bientôt chef mécanicien de la firme.

L'école Pivot, qui utilisait des avions Pischoff et Koechlin, ayant été transférée à Mourmelon, Frantz dut, à cette occasion, traverser une route en roulant avec un avion. Il était si enthousiaste qu'il décolla, et Koechlin, qui le regardait voler, le « bombarda » chef pilote. Le 16 janvier, il obtenait sans difficulté son brevet (n° 63) à Mourmelon.

Après avoir été moniteur à Chartres, il fut engagé par la maison Savary, qui lui offrait un salaire mensuel de 300 francs net, plus le prix des exhibitions et un demi-louis par passager, quand il s'en présentait. 11 participa ainsi à de nombreuses manifestations (Périgueux, Gaillac, Ussel), et en particulier au Concours de Reims de 1911, dans lequel Savary l'avait engagé en compagnie de Level, chef pilote de la firme.

Celui-ci s'étant tué au cours des épreuves, Frantz dut continuer seul. La course se terminait par un vol Reims-Amiens. Trente-quatre concurrents restaient en ligne pour cette finale, dont six seulement parvinrent au but. Frantz arriva sixième.

Le sergent pilote Joseph Frantz, photographié en 1914, peu de temps après avoir reçu la Légion d'honneur pour son combat du 5 octobre, à l'issue duquel il avait remporté sa première victoire officiellement homologuée (photo Musée de l'Air, Paris).

Après le décès de Level, il fut tout naturellement promu chef pilote, et, en 1912, lorsqu'il fut appelé sous les drapeaux, son employeur continua à lui verser régulièrement son salaire. Dès avril, avant de partir à l'armée, Frantz avait passé avec succès les épreuves du brevet militaire, qui consistaient à parcourir 300 km en trois étapes de 100 km.

Ayant bénéficié d'un temps très favorable, il put franchir sans problème la distance Chartres-Orléans et retour trois jours consécutifs. Il fit son service militaire dans une caserne modèle et eut la possibilité de se rendre souvent sur le terrain de Savary, ce qui lui donna l'occasion de battre plusieurs records d'altitude et de durée en volant 4 h 27 mn avec deux passagers.

En mai 1913, Frantz participa aux manoeuvres du camp de Mailly. Ayant à son actif 8 h 50 mn de vol en reconnaissance, il faisait figure de pilote chevronné en la matière et fut le seul à ramener son avion intact, ce qui lui valut le grade de caporal. Il prit également part, sur Breguet, aux grandes manoeuvres du Sud-Ouest et, à cette occasion, effectua le parcours Étampes-Toulouse avec retour par Bordeaux et Tours.

La maison Savary ayant cessé toute activité peu avant la guerre, Frantz devint pilote d'essai chez Voisin (où il testa notamment le fameux triplan de 45 m d'envergure) avant de se voir doté du titre de « spécialiste des avions lourds ».

Son ami Quenault, mécanicien chez Savary, le suivait dans tous ses déplacements. Les deux hommes étaient liés par une grande amitié et, quand éclata la Première Guerre mondiale, ils devaient écrire ensemble l'une des pages les plus étonnantes de l'histoire de la chasse.

A l'époque, on considérait le combat aérien comme parfaitement illusoire, et ceux qui, prophétiquement, l'envisageaient ne suscitaient que sarcasmes. Raymond Saulnier, par exemple, avait essayé d'approfondir l'idée du tir axial. Il contacta les autorités, mais personne ne prit la peine de lui répondre, cette idée étant jugée tout à fait fantaisiste! Si beaucoup se passionnaient pour l'aviation, presque tous s'accordaient à ne lui reconnaître qu'un rôle mineur, limité à des opérations de reconnaissance.

Les aviateurs eux-mêmes étaient admirés, certes, mais en même temps considérés comme des farfelus, inconscients du danger qu'ils couraient. Tel était l'état d'esprit qui régnait au début de la guerre, lorsque Frantz fut affecté au 2e groupe aéronautique.

Effectuant avec brio toutes les opérations de reconnaissance qui lui étaient confiées, il tenta également d'engager quelques combats. Un capitaine russe du nom de Nesteroff avait détruit un avion allemand dès le 8 septembre 1914, mais le « vainqueur » avait lui-même trouvé la mort dans ce premier combat.

Joseph Frantz aux commandes d'un biplan Robert Savary.

Les Allemands, de leur côté, essayaient également d'abattre des pilotes français. C'est ainsi que l'un d'entre eux avait tiré trois balles sur l'avion de Levavasseur, lequel s'aperçut à son retour dans les lignes françaises que l'un des projectiles avait traversé son coussin. Dès lors, malgré l'avis contraire de ses supérieurs hiérarchiques, le chef d'escadrille de Frantz décida d'équiper de mitrailleuses les appareils de la V.24.

Lorsque Frantz prit l'air le 5 octobre 1914, il avait déjà tiré en vain sur douze avions. Comme d'habitude, il était accompagné de Quenault, et tous deux commençaient à penser que leurs tentatives étaient inutiles.

Ce jour-là, alors qu'ils étaient à 1 800 ni d'altitude au-dessus de la vallée de la Vesle, ils aperçurent un Aviatik qui volait au-dessous d'eux, regagnant les lignes allemandes, et décidèrent d'essayer de l'intercepter.

Il s'agissait pour eux d'un véritable travail d'équipe : Frantz devait manoeuvrer habilement pour que son Voisin fût placé dans l'axe de l'Aviatik, et Quenault, sans perdre son sang-froid, devait tirer sur la cible, coup par coup pour ne pas risquer l'enrayage.

Surpris par la première balle, le pilote de l'Aviatik essaya de s'échapper en piqué. Son observateur, bien que gêné par cette manoeuvre, tenta de riposter en se servant d'un simple fusil automatique. Pour ne pas lâcher sa proie, Frantz pilotait en artiste! Mais, à la quarante-septième cartouche, la mitrailleuse de Quenault s'enraya.

Tandis qu'il essayait de réparer, Frantz poursuivait l'Aviatik. Après un long combat, l'avion allemand ralentit puis s'abattit en flammes dans les marais s'étendant entre Muizon et Jonchery. S'étant posés près de leur victime, les Français découvrirent dans les débris de l'appareil les corps carbonisés du sergent Wilhelm Schlichting et du premier lieutenant Fritz von Zangen. Frantz en fut profondément affligé et ne put jamais évoquer ce souvenir sans émotion.

Mais il avait réussi à prouver que l'on pouvait combattre en l'air! Modeste, il insista toujours sur le rôle capital qu'avait joué son coéquipier, ce que, curieusement, les journaux de l'époque ne faisaient pas toujours spontanément.

Déjà titulaire de la médaille militaire, Joseph Frantz obtint la Légion d'honneur avec cette citation : « Par décision ministérielle en date du 13 septembre 1914, la médaille militaire a été conférée au sergent Frantz, pilote aviateur, pour l'ensemble des services rendus par lui depuis le début de la campagne.

En particulier, le sergent Frantz, au mois d'août dernier, avait réussi, sous le feu de l'infanterie et de l'artillerie de la garnison de Metz, à lancer deux obus sur les hangars d'aérostation de Frescati. Le 5 octobre dernier, ce même sous-officier, accompagné du mécanicien tireur Quenault, a poursuivi un aéroplane et réussi à abattre un avion allemand en reconnaissance dans les lignes françaises.

Joseph Frantz aux commandes d'un biplan Robert Savary, qu'il présentait au Concours militaire de Reims en 1911 (photos Coll. Jean Noél et Musée de l'Air, Paris).

Le général commandant en chef lui confère la croix de chevalier de la Légion d'honneur et décerne au mécanicien Quenault la médaille militaire. » L'exploit de Frantz eut des conséquences bénéfiques. C'est probablement grâce à lui que Roland Garros obtint l'autorisation de retourner à l'arrière pour tenter de mettre au point le système de tir à travers l'hélice.

Joseph Frantz fut également l'un des premiers à voler sur un avion-canon, avec lequel il abattit un Drachen. Il devint par la suite chef pilote chez Voisin et essaya tous les avions qui sortaient des chaînes pour aller au front.

Après la guerre, Frantz monta à Billancourt une usine de chromage et de nickelage. Un de ses titres de gloire est, de son propre aveu, de n'avoir jamais connu un jour de grève, même en 1936! Mobilisé en 1939, il commanda un groupe de transport basé à Bordeaux.

Après la guerre, il resta toujours attaché aux milieux de l'aéronautique, pilota jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans et devint président de l'association des Vieilles Tiges dont il avait été le fondateur, fonction qu'il exerça jusqu'à sa mort, le 12 septembre 1979, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Il avait alors à son actif plus de 8 000 heures de vol.

 


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Fan d'avions © 16 Mai, 2001